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Article : Marlen Reusser: Une vie vraiment géniale

Marlen Reusser: Une vie vraiment géniale

Marlen Reusser: Ein megacooles Leben

Assise dans son appartement à Andorre, Marlen Reusser déclare d’emblée : « Je mène une vie vraiment géniale ici ! » Cette Bernoise de 34 ans fait partie des 57 coureuses et coureurs de l’équipe Movistar. Plusieurs de ses collègues vivent dans la Principauté d’Andorre et s’entraînent parfois ensemble. Mais aujourd’hui, elle reste seule : trois heures « sur le rouleau » sont encore au programme. Cela signifie que Marlen Reusser est assise sur son vélo de course dans son appartement et pédale contre la résistance d’un appareil d’entraînement. La lutte contre l’adversité est de toute façon le fil conducteur de la vie d’une sportive. « Il y a sans cesse des difficultés qu’il faut surmonter. Mais quand ça devient dur, ce sont toujours, avec le recul, les moments qui permettent de grandir », explique-t-elle.

Marlen Reusser considère sa vie comme un coup de chance : « Je suis ma propre patronne, mon propre projet, et je peux organiser mon quotidien comme je l’entends, tout en prenant des milliers de décisions de manière autonome. Je dois en assumer les conséquences, mais c’est une chance énorme », estime-t-elle. Et tant qu’elle réussit, elle reçoit beaucoup de « félicitations ». Dans d’autres métiers, en revanche, on travaille dans l’ombre. Avant de devenir l’une des meilleures cyclistes du monde, Marlen Reusser a fait des études de médecine, a travaillé comme interne et aimait courir. « J’aime courir, mais il me manque une articulation au pied, ce n’est donc pas un sport pour moi », explique-t-elle. Elle s’est alors tournée vers la natation, s’est mise au vélo, a participé à des compétitions de triathlon et, à 22 ans, a été la plus jeune participante à l’Alpenbrevet – un marathon cycliste exigeant. Au fil des années, Reusser a gravi les échelons. Au bilan : plusieurs victoires sur le World Tour, des titres de championne du monde et une médaille d’argent au contre-la-montre individuel aux Jeux Olympiques de Tokyo.

Ce qui caractérise cette fille d’agriculteurs, c’est aussi la force qu’elle puise en elle-même. « On n’est pas la même personne tous les jours », dit-elle. Mais on peut, grâce à un « travail intérieur », apprendre à gérer la douleur qui fait partie intégrante des sports d’endurance. Marlen Reusser cite à ce sujet une maxime tirée de la psychologie bouddhiste : « La douleur est là, mais c’est à vous de décider si vous en souffrez. » Elle s’est penchée de manière approfondie sur la question – également intéressante d’un point de vue médical – de savoir ce qui constitue la douleur. « La douleur est perçue par le cerveau. Cela signifie qu’elle est modulable et que la sensation dépend de ce qui se passe par ailleurs dans votre esprit », explique-t-elle. Malgré tous ces efforts, le plaisir occupe une place importante dans la vie de Marlen Reusser. Lorsqu’elle part en stage d’entraînement à la montagne, elle emporte avec elle la «Sirocco Grand Selection », qui comprend 36 thés différents, et se réjouit de découvrir chaque nouvelle variété après l’effort. Parmi ces petits plaisirs figure également la pause au café, très appréciée des professionnels. « Je dois seulement renoncer aux croissants aux noisettes, même si je les adore. » La raison: le régime sportif, qui prend de plus en plus d’importance dans le cyclisme. « Nous nous nourrissons d’une manière que l’on ne recommanderait à personne d’autre », déclare Marlen Reusser. De nombreux glucides rapides, notamment le glucose et le fructose, permettent de couvrir les besoins en « carburant » : les oursons en gomme, le miel ou les cornflakes, par exemple, qui répondent immédiatement aux besoins énergétiques et qui sont faciles à digérer. Pendant une course, les gels énergétiques et les boissons aident à limiter la baisse de performance.

Marlen Reusser procède de manière méthodique. Elle enregistre ses repas à l’aide d’une application et consulte une nutritionniste. Parallèlement, ou malgré tout, elle se fie également à son intuition : « J’agis très souvent selon mon intuition, même si celle-ci est influencée par mes propres pensées et convictions. » Et elle estime qu’une bonne alimentation fait partie d’une vie épanouie – une grande portion de pâtes à la sauce tomate après l’effort, par exemple. Avec son compagnon, qui est également son entraîneur, elle passe beaucoup de temps à « mesurer et à peaufiner ». Bien que les connaissances en matière d’analyse du corps humain progressent, tout n’est pas encore compris, loin s’en faut. Il faut se fier à sa propre expérience.

Marlen Reusser souhaite encore rester en selle en tant que professionnelle pendant quelques années. Elle est sous contrat avec Movistar jusqu’en 2027. « Je continuerai tant que cela me plaira », déclare-t-elle à propos de ses projets d’avenir, qui sont pour l’instant inexistants. Mais elle sait d’ores et déjà que cette expérience unique, celle de rouler à toute vitesse sur un vélo de course en pleine forme, lui manquera un jour. « Sentir que je suis tout simplement rapide est une sensation fascinante », conclut-elle.